Sport,  Voyages

Plonger à la Réunion #1

Du Plongeon Olympique à l’Outdoor Freestyle : ACTE II – Partie 1

Laura Marino sur le Toit de l'océan Indien à L'île de la Réunion. Le Piton des Neiges, le plus haut sommet de l'île avec vue sur Cilaos. Du plongeon Olympique à l'outdoor Freestyle
Au sommet du Piton des Neiges à 3070 m, le toit de l’Océan Indien. Plus haut sommet de l’Île de la Réunion, vue sur le cirque de Cilaos.

La Corse n’était qu’un test, un premier contact avec mon véritable amour quitté à contre-coeur dix-huit mois plus tôt : le plongeon. J’y suis allée tout doucement, me faisant croire que ce voyage n’avait pas réellement pour but de renouer avec le plongeon, mais les quelques jours passés à Bonifacio ont été comme une révélation. Je voulais réellement recommencer, aller ailleurs, trouver d’autres endroits aussi magnifiques et me les approprier par les airs. La destination était toute choisie, puisque je l’avais en tête depuis quelques mois déjà : l’île de la Réunion.

On m’avait déjà parlé de cette île pour le plongeon, me vantant sa richesse, sa diversité, et ses innombrables cascades, mais pour être honnête, je ne m’attendais pas du tout à ce que j’ai trouvé : une vraie communauté de plongeurs, une tradition, un sport ancré dans les moeurs. 

Moi qui avais entendu tout au long de ma « carrière » par les médias, sponsors ou dirigeants que je ne faisais « que » du plongeon, que ce n’était pas médiatique, que ça n’intéressait personne et que ce sport peinait à survivre. À raison quelques fois, puisque la fédération ne compte à peine qu’un millier de licenciés, et que toutes les collectivités détruisent les installations unes à unes, car trop chères ou pas assez rentables.

Mais ce que j’ai trouvé ici, c’est un véritable vivier. A chaque bassin où j’ai mis les pieds, j’ai vu quelqu’un lancer un « back* » ou un « gainer**», sans aucune base technique ou acrobatique telles que je les connais. À chaque fois que je faisais un petit salto discret, cela suscitait engouement, discussion ou applaudissements. J’ai découvert un plongeon de la rue, un plongeon freestyle, une institution. Les créoles ici aiment appeler cela « cliff jump » justement pour se démarquer du terme « cliff diving » employé par les pros, ceux des circuits de compétitions internationales tels que Gary Hunt, Orlando Duque ou Rihannan Iffland

Proverbe Créole - Laura Marino Undersurface Plonge à la Réunion
Sourire aux lèvres après une session mémorable digne de ce proverbe créole « pas kapab lé mor san eseyé », qui signifie plus ou moins « qui ne tente rien n’a rien »

J’ai surtout découvert des gars, gamins et mêmes quelques nanas réellement passionnés, s’empressant d’organiser des « sessions » dès qu’ils sortent du travail ou qu’ils sont en vacances. Sentir cette passion qui m’anime depuis tant d’années directement palpable chez les autres, dans chaque bassin et chaque cascade me nourrissait d’une énergie folle et me poussait à me dépasser. Moi qui suis encore frileuse face à la peur et à la mise en danger, car je suis allée assez loin de ce côté là pendant des années, je me voyais avec étonnement « balancer des tricks » que je ne pensais pas faire avant un moment, voire même jamais… Poussée par l’énergie collective, l’euphorie et les encouragements de tous, je me lançais. Je pense notamment à une de mes premières sessions avec les Mahaveli Cliff Jumpers à Trou Noir (Langevin) : il s’était mis à pleuvoir, je commençais à être malade depuis le matin,  je n’avais pas du tout la forme, mais j’étais là pour être avec le groupe plus que pour « m’entraîner ». Mais tous les gars étaient surexcités et me disaient « alors Laura tu lances quoi maintenant ?? ». Sous-entendu, à toi de faire un nouveau trick ! J’en avais bien un sous la main que j’avais envie de tester depuis un moment, un salto renversé, un gainer ou suicide comme ils disent eux, mais d’une construction différente… Plus « classique ». Je regarde l’eau, hésite, puis me retourne pour renoncer en les regardant : pas prête ou pas envie de me faire trop peur. Et puis l’un deux me lance, plein de bienveillance « aller Laura, on sait tous que t’es capable d’y arriver », ce même mec qui une seconde avant lançait des trucs aberrants sans hésiter une seule seconde alors qu’il n’avait jamais plongé de sa vie … Cela m’a fait un déclic, je me suis à nouveau retournée, ils ont lancé leur fameux décompte « 5,4,3,2, 1, SEND IT » et j’ai lancé mon nouveau trick. 

L’important dans cette histoire ce n’est pas ce nouveau plongeon mais l’énergie, la phrase et le regard croisé qui m’ont poussée à le faire (Merci Jordan !). Cette bienveillance et cette transmission d’énergie m’ont marquée : c’est un de mes plus beaux souvenirs de plongeon sur cette île, alors que ça a été quelque chose d’invisible pour tout le monde. 

Je ne pensais pas qu’il y avait un autre Plongeon possible, hors des sentiers pré-tracés, et ce voyage à la Réunion m’a ouvert les portes d’un royaume infini où règnent acrobaties, partage, bienveillance, aventures, spots de rêves et dépassement de soi. Suis-je arrivée au paradis ?

* Back : salto arrière

** Gainer : Salto renversé, ou coup de pied à la lune, ou suicide. Le plongeon aux mille noms, où l’on tourne en arrière (comme un salto arrière) mais en avançant, vers l’avant, dos au rocher et face à l’eau. 

Plongeons aériens de Laura Marino à la Réunion. Du plongeon olympique à l'outdoor freestyle

Retrouvez la suite de ce récit la semaine prochaine, dans la Partie 2. Je vous y parlerai un peu plus en détails des Mahaveli Cliff Jumpers et des mes premières semaines sur l’île en van !

N’hésitez pas à me dire en commentaire si vous avez aimé cet aperçu, ou ce que vous aimeriez que je vous raconte dans les prochains épisodes !

Athlète de haut niveau et aussi Kiné, je suis parisienne depuis mon entrée à l’INSEP en 2010, lyonnaise de naissance, provençale de coeur, strasbourgeoise d’égarement... Je suis aussi passionnée, sensible & joyeuse, j’adore apprendre, entreprendre, découvrir, et surtout partager !

3 commentaires

  • LARROQUE Géraud

    Bravo Laura,
    La lecture de ton article n’est pas une découverte, ayant suivi ton retour dans le grand bain depuis la Corse jusqu’à la Réunion, mais plutôt une confirmation que ce que l’on aime restera toujours 1 plaisir, avec des adaptions évidemment!
    Vivement la suite.
    Écris ce qu’il te te fait du bien et plaisir!
    Biz, Géraud.

  • Alvise

    Salut, Laura.

    J’ai découvert ton blog ce soir, pendant la finale europeénne de la plateforme. Le journaliste de la TV italienne (je vive à Venise) disait comment manque a la France une athlète comme toi, et moi je ne peux pas m’empêcher d’être d’accord: tu étais et resteras une de mes personnes préférées dans le monde de la plongée.

    J’espère que ces deux dernières années tu as retrouvé la sérénité dans ta vie. Quand une chose se termine, alors une plus belle commence; tu es jeune et enthousiaste, la vie te sourit, le futur est à toi. Je te souhaite beaucoup de santé et de joie, les seules choses qui comptent vraiment.

    Un câlin,
    Alvise

    PS: pardonne-moi mon français, je me suis un peu aidé avec le traducteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *